Depuis l’adoption obligatoire de la norme IFRS 16 en 2019, la comptabilisation des contrats de location dans les comptes des entreprises a profondément changé, modifiant ainsi la lecture et la comparaison des niveaux d’endettement. Longtemps considérées comme des engagements hors bilan, certaines dettes locatives doivent désormais être intégrées au bilan sous forme d’actifs et de passifs, bouleversant les analyses financières traditionnelles. Pourtant, ce changement demeure souvent mal compris, notamment quant à son impact sur la comparabilité des entreprises et leur profil de risque. En 2026, face à une régulation toujours plus exigeante et à la complexification des normes comptables, il est crucial pour les investisseurs particuliers avertis de saisir les subtilités de cette réforme.
Dans cet article, vous découvrirez comment IFRS 16 transforme la présentation de l’endettement des entreprises, pourquoi cela complique la comparaison entre groupes et quelles clés utiliser pour analyser ces données. Nous prendrons aussi l’exemple concret du groupe Damartex pour illustrer la mise en œuvre pratique de la norme et ses conséquences financières.
Sommaire
- 1 Comprendre la notion de Leasing et d’IFRS 16 : définition et périmètre
- 2 Les mécanismes clés d’IFRS 16 dans la mesure de l’endettement et sa comparabilité
- 3 Les avantages et limites du traitement IFRS 16 sur la comparabilité de l’endettement
- 4 Les erreurs fréquentes des investisseurs dans l’analyse de l’endettement selon IFRS 16
- 5 Comment analyser pratiquement l’endettement sous IFRS 16 ?
- 6 Leasing (IFRS 16) : comparabilité de l’endettement
- 7 Impact d’IFRS 16 selon le profil de l’investisseur et le compte-titres
- 8 En bref : points clés sur IFRS 16 et l’endettement
Comprendre la notion de Leasing et d’IFRS 16 : définition et périmètre
Le terme leasing, ou location financière, désigne un contrat par lequel une entreprise (le preneur) obtient le droit d’utiliser un actif identifiable pour une période déterminée, en échange de paiements versés au bailleur. Avant IFRS 16, les normes comptables distinguaient deux types de contrats :
- Location-financement : lorsque le preneur assumait la quasi-totalité des risques et avantages liés à l’actif loué. Ceux-ci étaient inscrits au bilan comme un actif accompagné d’une dette financière.
- Location simple : typiquement des baux commerciaux où seuls les loyers étaient comptabilisés en charges, sans reconnaissance au bilan des engagements locatifs.
IFRS 16 supprime cette distinction pour le preneur : toutes les locations doivent être comptabilisées au bilan comme un droit d’usage (actif) associé à une dette locative (passif), à l’exception des contrats très courts (moins d’un an) ou de faible valeur unitaire (moins de 5 000 USD). Par exemple, un bail commercial de 5 ans sera désormais intégré au bilan même s’il n’était pas reconnu précédemment.
Une confusion fréquente est de croire que cette comptabilisation au bilan équivaut à une dette au sens classique. Or, il s’agit d’un engagement locatif avec des caractéristiques spécifiques d’amortissement et de remboursement.
Les mécanismes clés d’IFRS 16 dans la mesure de l’endettement et sa comparabilité
Impact sur le prix et valorisation des entreprises
L’arrivée d’IFRS 16 crée une hausse apparente des actifs et des passifs au bilan. En effet, le cumul des loyers futurs actualisés est inscrit simultanément en actif sous forme de droit d’usage, et en passif, dans la dette locative. Cette opération augmente mécaniquement l’endettement comptable, souvent de plusieurs dizaines de millions d’euros selon la taille de l’entreprise. Par exemple, Damartex a vu son actif et passif augmenter de 80,4 millions € à la première application.
Effet sur le risque financier perçu
Avec l’intégration des engagements de location dans la dette, les ratios d’endettement (dette nette sur capitaux propres, dette nette sur Ebitda) se dégradent en théorie, ce qui pourrait être interprété comme un accroissement du risque financier. Cependant, cette dette est différente d’un emprunt classique car elle reflète la location d’actifs essentiels à l’activité, et non un financement obtenu pour investir directement.
Conséquences sur la performance comptable et cash-flow
IFRS 16 substitue la charge de loyer linéaire par un amortissement du droit d’usage et des charges d’intérêts sur la dette locative. Cela a pour effet d’augmenter l’Ebitda car les loyers ne sont plus une charge opérationnelle mais décomposés en amortissements et intérêts. Par ailleurs, le flux de trésorerie opérationnel augmente tandis que celui de financement diminue, car la partie en capital des loyers est assimilée à un remboursement d’emprunt.
Les avantages et limites du traitement IFRS 16 sur la comparabilité de l’endettement
Avantages objectifs :
- Plus de transparence sur les engagements locatifs hors bilan, auparavant parfois difficiles à quantifier.
- Meilleure reconnaissance des actifs utilisés dans l’activité, donnant une image économique plus fidèle des ressources mobilisées.
- Uniformisation comptable et suppression des artifices liés aux durées ou montants des contrats pour échapper au bilan.
Limites et risques méconnus :
- Comparabilité limitée entre entreprises adoptant IFRS et celles sous autres référentiels comme US GAAP, qui maintiennent la distinction location-financement/location opérationnelle.
- Risques d’interprétation des dettes locatives comme des emprunts classiques, ce qui peut fausser l’analyse financière.
- Jugements nécessaires sur la durée retenue des contrats (options de renouvellement ou résiliation), affectant significativement les montants inscrits.
- Effet de seuil : les contrats courts ou de faible valeur sont exclus, créant une possible sous-estimation des engagements dans certains secteurs.
La norme fonctionne moins bien notamment pour les entreprises avec des contrats très variables dans le temps ou des actifs saisonniers.
Les erreurs fréquentes des investisseurs dans l’analyse de l’endettement selon IFRS 16
- Confondre dette locative et dette bancaire : considérer ces passifs de même nature.
- Ignorer les notes annexes expliquant la méthode de calcul et les hypothèses retenues.
- Comparaison brute sans retraitements entre sociétés suivant des référentiels différents ou avant/après adoption.
- Prendre l’Ebitda IFRS 16 au pied de la lettre sans comprendre son retraitement nécessaire pour la comparaison avec les périodes antérieures.
- Négliger l’impact sur les flux de trésorerie et la structure des remboursements.
Ces erreurs proviennent souvent d’une méconnaissance de la norme et d’une lecture uniquement quantitative des états financiers.
Comment analyser pratiquement l’endettement sous IFRS 16 ?
Pour comprendre la structure réelle de l’endettement, il est essentiel d’examiner :
- Les notes annexes aux comptes consolidés qui décrivent les hypothèses de durée des contrats de location, les options prises en compte, le taux d’actualisation appliqué.
- Le détail des engagements locatifs hors bilan avant application d’IFRS 16, souvent révélateur des montants à analyser.
- Les indicateurs retraités fournis par les entreprises, notamment l’Ebitdar (Ebitda avant loyers) ou l’endettement net ajusté pour rétablir la comparabilité historique.
La vigilance est de mise sur les modalités comptables propres à chaque groupe. Il convient également de croiser ces données avec les flux de trésorerie opérationnels et financiers.
Leasing (IFRS 16) : comparabilité de l’endettement
Évolution des dettes locatives, ratios d’endettement avant et après retraitement, et impact sur l’EBITDA
Impact d’IFRS 16 selon le profil de l’investisseur et le compte-titres
Pour un investisseur long terme, IFRS 16 offre une vision plus claire des ressources immobilisées et des engagements contractuels, essentielle pour évaluer la pérennité financière. L’intégration des dettes locatives au bilan permet de mieux apprécier le levier réel engagé.
Pour un investisseur passif, notamment via des ETF, l’importance réside dans la capacité du fonds à intégrer ces données dans ses critères de sélection et de scoring extra-financier. Pourtant, ces analyses restent souvent méconnues des indices classiques.
Chez les investisseurs actifs, une maîtrise fine d’IFRS 16 est vitale pour comparer correctement les entreprises et ajuster la valorisation selon les nouvelles contraintes comptables.
Concernant les enveloppes PEA et CTO, IFRS 16 n’impacte pas directement le cadre fiscal, mais les indicateurs comptables issus des comptes consolidés influencent souvent les décisions de gestion et d’arbitrage.
En bref : points clés sur IFRS 16 et l’endettement
- IFRS 16 a redéfini la manière de comptabiliser les contrats de location, supprimant la distinction entre locations financières et simples pour le preneur.
- Les engagements locatifs sont désormais inscrits au bilan, augmentant mécaniquement la dette comptable et modifiant les ratios financiers.
- La comparabilité entre entreprises peut être affectée, notamment entre référentiels IFRS et US GAAP.
- Il est indispensable d’analyser les notes annexes et indicateurs retraités pour une évaluation pertinente de l’endettement réel.
- Les flux de trésorerie opérationnels et financiers sont modifiés, avec un effet sur l’Ebitda et la perception de la performance.
- Un regard adapté selon le profil d’investisseur permet d’interpréter au mieux ces données complexes.
Qu’est-ce qui différencie IFRS 16 de la précédente norme IAS 17 ?
IFRS 16 supprime la distinction entre location-financement et location simple en imposant de comptabiliser toutes les locations au bilan sauf exceptions. Cela améliore la transparence des engagements locatifs.
Pourquoi IFRS 16 complique la comparabilité des niveaux d’endettement entre entreprises ?
La prise en compte des dettes locatives au bilan varie selon les jugements de durées et options, et les référentiels comptables peuvent différer, rendant la comparaison plus complexe.
Comment les analystes financiers ajustent-ils l’Ebitda sous IFRS 16 ?
Ils utilisent souvent l’Ebitdar, qui exclut les loyers, pour comparer la performance économique avant impact des contrats de location.
Quelles informations sont essentielles dans les annexes pour analyser l’endettement lié aux locations ?
Les durées retenues, les options d’extension ou résiliation, le taux d’actualisation et la valeur des droits d’usage sont clés pour comprendre et ajuster les engagements.
IFRS 16 affecte-t-il la fiscalité des investissements en PEA ou CTO ?
Non, la norme concerne la comptabilité financière et n’impacte pas directement la fiscalité des enveloppes fiscales comme le PEA ou le CTO.


